Climat & Agriculture : quels défis et quelles solutions pour l’avenir ?

L’agriculture est à la fois victime, et responsable du dérèglement climatique. Mais elle peut aussi être une solution pour enrayer ce changement, si elle transforme certains modes de production. Tel est le propos de Serge Zaka, agro-climatologue, dans cet entretien exclusif.

Depuis plusieurs années, le changement climatique met les agriculteurs face à des défis inédits. Ils sont confrontés à quatre impacts majeurs.

Des hivers moins froids : un problème pour les fruitiers

Le manque de froid hivernal perturbe la floraison des arbres fruitiers. Certaines variétés comme la pomme Golden ou le cerisier Napoléon, devront se déplacer vers le nord pour retrouver des conditions adaptées.

Des sécheresses plus fréquentes et intenses

Depuis 1959, les sécheresses ont progressé de +15 % en Auvergne et +11 % en Languedoc-Roussillon. Avec des pluies plus rares et irrégulières, les cultures souffrent d’un manque d’eau prolongé. Un stress hydrique qui fragilise les rendements et la qualité des productions.

Des canicules destructrices pour les cultures

Dès 35°C, les fleurs de tomates et de courgettes tombent avant même de donner des fruits. Les vignes et oliviers subissent des brûlures. Les vagues de chaleur plus intenses et précoces menacent les productions agricoles.

Des gels printaniers plus fréquents et ravageurs

Avec le réchauffement, la floraison des arbres fruitiers se produit plus tôt, l’avance est de 10 à 20 jours pour 80% de l’Europe en 2025. Ces printemps précoces exposent les cultures aux gelées tardives. Résultat : un risque accru de pertes massives. En arboriculture, la probabilité d’un gel en avril a augmenté de 60 %, mettant en péril de nombreuses exploitations.

Amandiers en fleurs dans la vallée de Pinoso en Espagne

Comment adapter l’agriculture aux nouvelles conditions climatiques ?

Face à ces bouleversements, des solutions existent pour faire de l’agriculture un levier de résilience et un frein au dérèglement climatique. La priorité est de développer l’agriculture de conservation des sols.
Selon Serge Zaka, ces pratiques agricoles offrent un compromis efficace pour le climat. Cette approche repose sur plusieurs principes :

  • Maintenir une couverture végétale pour limiter l’évaporation et nourrir les sols,
  • Développer l’agroforesterie, qui protège les cultures et améliore la biodiversité,
  • Privilégier des techniques de régénération des sols pour préserver leur fertilité et leur capacité de rétention d’eau.
  • Faire évoluer notre alimentation :
    Une agriculture plus résiliente va de pair avec une alimentation plus durable et doit accompagner l’évolution de nos assiettes. Typiquement produire plus de légumineuses peut s’inscrire dans cette dynamique vertueuse.

Ces plantes ont une faible dépendance aux engrais azotés chimiques et fixent naturellement l’azote de l’air via leurs racines et elles nécessitent peu d’eau.

Les légumineuses, combinées aux céréales, sont une alternative précieuse aux protéines animales. Leur consommation régulière contribue à une alimentation équilibrée, à une meilleure protection contre les risques de maladies cardiovasculaires et certains cancers.

En repensant nos cultures, l’agriculture française peut ainsi répondre aux défis du changement climatique. Elle pourrait même en tirer profit tout en créant de la valeur pour les agriculteurs et en soutenant une alimentation plus durable.