L’agroécologie : modèle de robustesse

Sécheresses, inondations, flambée des prix de l’énergie : face à des conditions de production de plus en plus fluctuantes, comment l’agriculture peut-elle s’adapter ? En travaillant sa robustesse, selon Olivier Hamant, chercheur à l’INRAE. Et bonne nouvelle : l’agroécologie est un modèle de robustesse. Il s’agit moins de rechercher la performance maximale que de concevoir des systèmes capables de rester stables et viables malgré les aléas.

Agriculture : de la performance à la robustesse

Produire toujours plus, pour moins cher : depuis plusieurs décennies, l’agriculture a privilégié la performance. Mécanisation, irrigation, engrais minéraux et produits phytosanitaires ont permis d’augmenter les rendements. Des résultats qui ont permis de nourrir la population à la sortie de la guerre et de faire de l’agriculture un pilier de l’économie française.  Mais cette optimisation a créé de nouvelles dépendances. « La performance fragilise », résume Olivier Hamant directeur de recherche à l’INRAE. 

Plus une ferme est optimisée, plus elle est vulnérable, surtout dans un monde devenu fluctuant.  Car l’époque a changé. Déréglément climatique, instabilité géopolitique, crise énergétique, volatilité des marchés : l’environnement prévisible appartient au passé.  Qu’une canicule frappe ou qu’une inondation survienne, et c’est tout l’édifice qui vacille. L’enjeu n’est donc plus de battre des records de productivité, d’être performant, mais de garantir qu’une ferme continue de produire quand tout se complique. Dans ce contexte, l’agroécologie apparaît comme le modèle le plus robuste, selon Oliver Hamant, c’est-à-dire capable de maintenir sa viabilité malgré les secousses. 

Agroécologie et robustesse : la biodiversité comme assurance

«Avec l’agroécologie, on ne cherche plus le rendement maximal, on cherche le rendement stable», explique Olivier Hamant. Cette recherche de stabilité repose sur plusieurs principes : mobiliser les ressources naturelles, s’appuyer sur les mécanismes du vivant et diversifier les cultures, les espèces et les fonctions au sein de l’exploitation.

L’agroécologie cherche notamment à valoriser les ressources renouvelables et les processus biologiques : énergie solaire captée par la photosynthèse, azote fixé par les légumineuses, activité biologique des sols ou encore cycles de la matière organique. Les vers de terre contribuent à la porosité et à l’infiltration de l’eau, tandis que les micro-organismes transforment les résidus végétaux et participent à la formation de matière organique. Les champignons mycorhiziens peuvent étendre l’exploration du sol par les racines et faciliter l’accès à certains éléments minéraux.

La diversité agroécologique constitue un autre pilier de cette robustesse. Associations de cultures, rotations longues, prairies temporaires et agroforesterie multiplient les complémentarités. Les cultures n’explorent pas les mêmes horizons du sol, ne mobilisent pas les mêmes ressources et ne sont pas exposées de la même manière aux aléas. Cette diversité réduit ainsi la dépendance à un seul itinéraire technique ou à une seule production.

La polyculture-élevage participe aussi à cette logique en reconnectant les cycles biologiques. Les pailles produites sur l’exploitation peuvent servir de litière aux animaux ; mélangées à leurs déjections, elles permettent de produire du fumier, ensuite restitué aux sols. Le carbone et l’azote circulent ainsi davantage au sein du système agricole, plutôt que de dépendre d’apports extérieurs. En multipliant les cultures, les espèces, les fonctions et les interactions, l’agroécologie crée ainsi plusieurs voies pour maintenir la production. La diversité devient une forme d’assurance face aux fluctuations.

Tester la robustesse d’une exploitation face aux aléas

Cette logique conduit à changer la manière d’évaluer une exploitation agricole. Plutôt que de mesurer uniquement ses performances dans des conditions normales, Olivier Hamant propose de la soumettre à des « stress tests » : que se passe-t-il si le prix du carburant augmente fortement ? Si l’eau devient indisponible ? Si un intrant vient à manquer ? Si une récolte est affectée par un aléa climatique ?

L’objectif est d’identifier les points de fragilité puis de renforcer, la diversité, les interactions avec le vivant et l’ancrage territorial. Dans cette perspective l’agroécologie peut être considérée comme une école de la robustesse : elle ne cherche pas à supprimer l’incertitude, mais à construire des systèmes agricoles capables de continuer à fonctionner dans un monde incertain.

Robustesse ou résilience ?  

La robustesse est à distinguer de la résilience. La résilience décrit plutôt la capacité d’un système à encaisser une rupture puis à se relever. La robustesse consiste à éviter la rupture en conservant suffisamment de marges de manœuvre pour traverser les fluctuations. 

Une pépite à écouter : 

PODCAST : l’agroécologie, une agriculture plus robuste