L’agriculture biologique est un système global de production agricole fondé sur le respect des équilibres naturels et du vivant. Elle repose sur des pratiques environnementales sans produits issus de la pétrochimie, et s’attache à préserver la biodiversité, les ressources naturelles et le bien-être animal. Née d’une réflexion engagée dès les années 1920, l’agriculture bio est aujourd’hui encadrée par un cahier des charges officiel, avec un objectif clair : produire des aliments de qualité tout en protégeant l’environnement et la santé des consommateurs.
Une définition de l’agriculture biologique
Selon les textes réglementaires européens, l’agriculture biologique vise à produire des aliments de qualité en s’appuyant sur des processus naturels. Elle repose notamment sur l’exclusion de la plupart des produits chimiques de synthèse (pesticides, engrais de synthèse) et sur l’interdiction des organismes génétiquement modifiés (OGM). En limitant les intrants artificiels, ces pratiques agronomiques cherchent à renforcer les équilibres biologiques, la fertilité des sols ainsi que la santé des plantes et des animaux.
Cette logique de fonctionnement naturel implique une approche spécifique de la fertilisation. Pour nourrir les sols et maintenir leur productivité, l’agriculteur biologique développe l’autonomie de sa ferme. Il s’appuie sur le recyclage des matières organiques par le compost, l’épandage de fumier issu de ses propres animaux et la culture d’engrais verts, notamment des légumineuses comme le trèfle ou la luzerne, capables de fixer l’azote de l’air. La rotation des cultures est un autre outil indispensable : en changeant régulièrement de plantes sur une même parcelle, on permet au sol de se régénérer tout en brisant le cycle des maladies et des parasites.
Pour protéger ses cultures, l’agriculteur privilégie la lutte biologique, qui consiste à utiliser les prédateurs naturels (comme les coccinelles contre les pucerons) ou à installer des haies pour abriter ces auxiliaires. Le désherbage, quant à lui, s’effectue par des moyens mécaniques (bineuses, sarcleuses), thermiques ou manuels.
L’agriculture bio et le bien-être animal.
L’agriculture bio concerne aussi l’élevage des animaux. Le mode d’élevage biologique est fondé sur le respect des besoins physiologiques des animaux. Ils doivent obligatoirement disposer d’un accès au plein air et d’espaces de vie suffisants, tant à l’extérieur qu’en bâtiment. Leur alimentation doit être intégralement issue de l’agriculture biologique et provenir prioritairement de la ferme. En matière de santé, l’éleveur privilégie la prévention et l’usage des antibiotiques est strictement limité aux cas de nécessité absolue.
Sur le plan de la transformation, les produits bio ne contiennent ni exhausteurs de goût, ni colorants ou arômes chimiques de synthèse, et l’usage d’additifs est très restreint. Des études indiquent que ces aliments réduisent significativement l’exposition humaine aux résidus de pesticide.
Les origines de l’agriculture bio : une réponse à l’industrialisation agricole
C’est dans les années 1920 que des pionniers défendent une agriculture fondée sur le travail du sol, l’autonomie des fermes et le respect des cycles biologiques. Notamment lorsque Rudolf Steiner en dessine les grandes lignes dans ses « cours aux agriculteurs » en juin 1924. Ce mouvement apparait en réaction à l’essor de l’agrochimie et à l’utilisation massive d’engrais et de pesticides de synthèse, notamment après la Première Guerre mondiale. Agronomes, médecins, agriculteurs et consommateurs, soucieux de préserver la fertilité des sols et les équilibres naturels travaillent à développer cette agriculture biologique. À partir des années 1970 et 1980, les acteurs du bio s’organisent. Les premiers cahiers des charges privés apparaissent en 1972, suivis de la création de structures majeures comme la FNAB (1978), Biocoop et Ecocert (1986).
Deux logos pour reconnaître les produits biologiques
À présent, les produits issus de l’agriculture biologique sont facilement identifiables grâce à deux logos officiels : le label européen Eurofeuille et la marque française AB. Tous deux garantissent le respect d’un cahier des charges strict, encadré par la réglementation européenne, visant à limiter l’impact environnemental, préserver la biodiversité et protéger les ressources naturelles. Leur utilisation est conditionnée à des contrôles réguliers menés par des organismes certificateurs indépendants, à chaque étape de la filière, de la production à la transformation.
Depuis le 1ᵉʳ juillet 2010, le logo Eurofeuille est obligatoire sur tous les produits biologiques préemballés distribués dans l’Union européenne. Il concerne les aliments composés à 100 % d’ingrédients bio, ainsi que les produits transformés contenant au moins 95 % d’ingrédients issus de l’agriculture biologique. Ce logo atteste de la conformité au cahier des charges européen et précise l’origine des matières premières (« UE », « hors UE ») ainsi que le numéro de l’organisme certificateur.
Le label AB, créé en France en 1985 par le ministère de l’Agriculture, reste facultatif depuis l’harmonisation européenne. Néanmoins, il demeure reconnu par les consommateurs français et symbolise l’engagement historique de la filière bio. Pour les producteurs, l’apposition de l’un ou l’autre de ces logos implique l’obtention d’une certification officielle, gage de transparence et de confiance pour le consommateur.
Importer des produits biologiques : un cadre réglementaire strict
Les produits issus de l’agriculture biologique peuvent être importés et commercialisés dans l’Union européenne, à condition de respecter des règles strictes garantissant un niveau d’exigence équivalent à celui imposé aux producteurs européens. Le règlement de l’Union européenne encadre ces importations afin d’assurer la crédibilité du label biologique et la protection des consommateurs.
Pour être vendu comme produit biologique sur le marché européen, un produit importé doit répondre à des normes de production équivalentes à celles de l’agriculture biologique européenne. Les importateurs sont tenus de suivre des procédures de contrôle spécifiques, qui varient selon le pays d’origine et le système de certification en place. Ces dispositifs visent à garantir la traçabilité, le respect du cahier des charges bio et la transparence tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Les limites actuelles de l’agriculture biologique
Fin 2024, la France comptait 61 853 fermes engagées en agriculture biologique, soit 14,9 % des exploitations agricoles et 10,1 % de la surface agricole utile (SAU). Ces chiffres marquent un palier et soulignent une première limite : l’objectif initial d’atteindre 21 % des surfaces agricoles en bio à l’horizon 2030 apparaît désormais hors de portée. D’autant que cet objectif a été retiré du cadre législatif par la loi Duplomb en février 2025, traduisant un recul politique sur la trajectoire de transition agricole.
La comparaison européenne met en lumière ce décalage : l’Autriche consacre près de 27 % de ses terres agricoles à l’agriculture biologique, suivie par l’Estonie avec 23 % et par la Suède avec 20,2 %. Sur l’ensemble de l’Europe la moyenne des terres agricoles en bio est de 10%.
Une autre limite souvent évoquée concerne la qualité et la fertilité des sols. Si le cahier des charges de l’agriculture biologique fixe bien un objectif de préservation des sols, il reste peu incitatif quant à la mise en œuvre de pratiques visant à améliorer leur fertilité biologique, leur structure ou leur capacité de stockage du carbone. Comme le résume Rémi Thinard, consultant et formateur en agroécologie « l’agroécologie et l’agriculture régénérative vont plus loin que l’agriculture biologique, en plaçant le sol vivant au cœur du système de production ». L’enjeu n’est donc pas d’opposer ces modèles, mais de les articuler : l’agriculture biologique fournit un cadre exigeant, que l’agroécologie et l’agriculture régénérative viennent enrichir et approfondir.
Enfin, l’agriculture biologique est régulièrement critiquée pour ses rendements plus faibles, et donc pour sa supposée incapacité à nourrir l’ensemble de la population mondiale. Cette affirmation mérite d’être nuancée et débattue, car elle dépend des régimes alimentaires, du gaspillage et des modes de production. D’autant qu’une étude américaine, fondée sur quarante ans de données en grandes cultures, démontre que les systèmes biologiques consomment 45 % d’énergie en moins, émettent 40 % de gaz à effet de serre en moins et génèrent des marges économiques trois à six fois plus élevées que l’agriculture conventionnelle.
Une chose est certaine : face au dérèglement climatique, à l’érosion des sols et à la perte de biodiversité, le statu quo agricole n’est plus une option. La transition vers des modèles agricoles plus résilients est devenue un impératif.
