L’agroécologie et l’agriculture régénérative émergent aujourd’hui comme des réponses clés aux crises du climat, des sols et de la biodiversité. Elles visent à transformer en profondeur les systèmes agricoles en s’appuyant sur les lois du vivant plutôt que sur la chimie de synthèse. Longtemps perçue comme une finalité, l’agriculture biologique apparaît désormais comme un point de départ vers ces modèles plus ambitieux, aux objectifs similaires mais aux leviers d’action distincts.
L’agroécologie : une approche systémique du vivant et des sociétés
L’agroécologie désigne à la fois une philosophie, un ensemble de pratiques agricoles et un mouvement social. Elle vise à concevoir des systèmes de production performants sur les plans environnemental, économique et social, en réduisant la dépendance aux intrants chimiques et aux énergies fossiles.
L’agroécologie repose sur la mobilisation des écosystèmes : fertilité biologique des sols, régulation naturelle des ravageurs, pollinisation, cycle de l’eau, photosynthèse. Elle cherche à renforcer les interactions entre plantes, sols, animaux et micro-organismes, plutôt qu’à les contrôler artificiellement.
Le cadre de référence international le plus cité repose sur les 13 principes du HLPE (High Level Panel of Experts), parmi lesquels :
- le recyclage de la biomasse
- la santé des sols,
- la diversification des cultures,
- la biodiversité fonctionnelle,
- l’autonomie des fermes,
- la gouvernance équitable des ressources
Sur le terrain, l’agroécologie se traduit par :
- des rotations longues et diversifiées,
- la lutte biologique contre les ravageurs,
- l’agroforesterie,
- la réduction du travail du sol,
- la relocalisation des systèmes alimentaires.
En France, cette approche est officiellement reconnue depuis la loi d’avenir agricole de 2014, qui en fait un levier central de la transition agricole.
L’agriculture régénérative : le sol comme pilier du système agricole
Quand l’agriculture durable cherche à limiter les impacts négatifs, l’agriculture régénérative vise à améliorer l’état des écosystèmes agricoles. Son objectif central est la régénération des sols, considérés comme un levier clé pour la sécurité alimentaire, la biodiversité et le stockage du carbone.
L’agriculture régénérative repose sur quelques principes structurants :
- couverture permanente des sols (plantes, couverts végétaux, résidus),
- réduction drastique du travail mécanique du sol,
- stimulation de la vie microbienne (mycorhizes, bactéries, vers de terre),
- augmentation de la matière organique et du carbone stocké dans le sol.
Plus poussé qu’en agroécologie, l’élevage est considéré comme un outil de régénération. Un pâturage tournant, court et peu intense stimule la photosynthèse des plantes, favorise l’exsudation racinaire et enrichit les sols en carbone et en nutriments. L’animal devient alors un acteur du cycle de fertilité, et non un simple producteur de protéines.
L’agriculture régénérative s’appuie sur une éthique simple : chaque intervention humaine doit laisser le sol dans un meilleur état qu’avant. Elle s’inscrit dans une trajectoire d’amélioration continue, mesurable à travers la structure du sol, la biodiversité et la résilience climatique.
Agroécologie, agriculture régénérative et bio : des approches convergentes
Ces deux modèles partagent avec l’agriculture biologique plusieurs principes fondamentaux :
- rejet des pesticides et engrais de synthèse,
- préservation de la biodiversité,
- réduction de la dépendance aux intrants,
- meilleure résilience face aux aléas climatiques.
Cependant, le cahier des charges de l’agriculture biologique reste peu prescriptif sur la régénération active des sols, là où l’agriculture régénérative en fait une priorité absolue.
L’agroécologie, quant à elle, apporte une vision systémique et politique, intégrant les enjeux sociaux, économiques et alimentaires à l’échelle des territoires.
Vers une agriculture du vivant
L’agriculture biologique, l’agroécologie et l’agriculture régénérative peuvent donc être envisagées comme trois niveaux complémentaires de transition. Les trois approches se conjuguent, se complètent.
Le bio pose un cadre réglementaire protecteur, l’agroécologie dessine une transformation des systèmes alimentaires, et l’agriculture régénérative fournit des leviers puissants pour restaurer la fertilité des sols et répondre au défi climatique. C’est précisément cette articulation qu’Agro Sourcing met en œuvre : des filières certifiées biologiques, enrichies par des pratiques d’agroécologie et de régénération des sols, pour construire une agriculture à la fois performante, durable et vivante.
Face aux limites du modèle productiviste, ces approches dessinent les contours d’une agriculture capable de produire, mais aussi de réparer, nourrir et transmettre.
